Laïcité : gare aux confusions.

dimanche 13 mai 2018
par  FSU 03
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Dans le principal lycée public de l’agglomération de Vichy, les quelques élèves internes envisageant de faire le ramadan se sont vus demander de déplacer celui-ci de quelques semaines parce qu’il ne serait pas possible de leur fournir un repas (froid) décalé en fin de journée.
Lors d’un échange au CA de l’établissement concerné, on a pu entendre - ce qui n’est pas une surprise - que "la laïcité" exigeait une telle mesure, et que si on laissait faire on finirait par avoir des élèves sortant de cours pour aller prier !
La FSU Allier a toujours eu une position ferme en faveur du respect de la laïcité, affirmant le refus strict de toute forme de prosélytisme dans les établissements publics. Mais il ne faut pas tout confondre et raconter n’importe quoi.
Rappelons la loi de 1905 : la République ne reconnaît, ne salarie et ne subventionne aucun culte (art. 1), elle garantit la liberté de conscience (art. 2). Et comme elle la garantit, dans certains cas lorsque ce n’est pas possible autrement, elle l’organise. Quels sont ces cas ? Lorsqu’il y a un groupement fermé tel que prison, hôpital, caserne ... et internat. Dans tous ces cas, l’existence d’aumôniers agréés de différentes confessions lorsque le public concerné en fait la demande a été rendue possible, non par les lois antilaïques telle la loi Debré de 1958, qui détourne l’argent public vers l’enseignement privé, mais bien par la loi de 1905 entendant garantir la liberté de conscience. Certes, des abus antilaïques ont pu exister, l’Eglise catholique en particulier ayant souvent eu tendance, dans les hôpitaux, maisons de retraites et maternités, à confondre liberté de conscience et intrusion dans les consciences. Mais il n’empêche.
Par conséquent, l’application de la loi laïque de 1905 dans un internat lorsque des élèves veulent faire le ramadan consiste à rendre possible ce qui, par ailleurs, ne souffre aucune difficulté quand il y a une sortie sportive ou théâtrale : un repas décalé le soir ! (étant bien entendu qu’ils peuvent toujours aller au réfectoire aux horaires réglementaires s’ils changent d’avis car l’établissement n’a pas à contrôler leur pratique !)
Ce n’est pas cette mesure bénigne qui aurait les pires conséquences, c’est son refus. Elle pourrait conduire à renvoyer certains élèves à des foyers extérieurs gérés par des mouvements religieux, à l’inverse de ce que devrait être le rôle émancipateur d’une école permettant aux esprits d’être libres et donc critiques.
Et puis, soyons sérieux : il est vrai que certains chefs d’établissement et leur principal syndicat le SNPDEN lui même parfois, réclament plus de pouvoir, mais, messieurs-dames, êtes vous bien sûrs que la prérogative de déplacer les dates du ramadan soit un cadeau pour vous, indépendamment de son caractère antilaïque ? et si l’université Al Ahzar du Caire n’est pas d’accord avec vos innovations religieuses, vous faites quoi ? Avez vous bien réfléchi dans quel genre de guêpier vous pourriez aller vous fourrer ? ...
Soyons sérieux, la laïcité n’a pas besoin de ça.
Vincent Présumey, secrétaire départemental FSU 03.


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