- Les suppressions de postes dans l’enseignement public, une question centrale - On passe à l’étape supérieure.

dimanche 2 janvier 2011
par  FSU 03
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On passe à l’étape supérieure.

"Je ne veux pas de statistique nationale qui dirait : voila, on a trouvé tel gisement dans telle académie", a donc dit M.Chatel. Cachez ces gisements dont les citoyens ne doivent pas avoir connaissance ... Mais c’est bien leur répartition qui a été mise au point pendant l’automne (et les primes et petites gâteries aux recteurs distillées en fonction de ce "dialogue rénové"), puisque les résultats sont là. Jugeons-en.

Géographiquement, les académies proportionnellement les plus touchées par les suppressions de postes sont la Martinique et Nancy-Metz, et généralement les académies à forte population productive (ouvrière ou agricole) et les DOM-TOM. 

Le secteur de l’Education nationale proportionnellement le plus atteint, ce sont les collèges, le ministère se permettant de faire savoir que la "réforme du lycée" demande des moyens ... qui ne vont pas au collège. Autre parent pauvre : l’enseignement professionnel public. Collège, lycées professionnels : les secteurs où la difficulté scolaire est la plus importante ...

La chasse aux "gisements d’efficience" a suivi les pistes indiquées par le pouvoir central dans une circulaire printanière ayant fuité depuis : hausser le nombre d’élèves par classes, augmenter le nombre d’heures supp’, réduire les décharges de services, recourrir en masse aux non titulaires, fermer les petites structures, diminuer les heures de cours, tels sont les objectifs explicites des "réformes". Le reste est alibi ou nuage de fumée.

Conséquences : dans les écoles primaires, les postes en RASED, ceux servant à scolariser les plus petits, aux remplacements, aux langues vivantes ou à la formation, ont déjà été "raclés", maintenant l’heure est donc aux fermetures de classes massives.

Dans le second degré, idem : après que la suppression de la formation et l’augmentation massive du nombre d’heures imposées aux stagiaires ont permis de masquer des suppressions à la dernière rentrée, l’heure est à l’étape supérieure dans la casse.

Un avis autorisé.

Il est intéressant de citer le député UMP Yves Censi, rapporteur sur le budget enseignement à l’Assemblée nationale, qui déclarait en novembre (les passages soulignés le sont par l’auteur de l’article) :

"Les gains de productivité semblent avoir été réalisés. Si l’on veut par la suite continuer à diminuer les emplois, dans une optique de réduction de la dépense publique à long terme, il faudra alors modifier en profondeur le système éducatif et les méthodes d’enseignement. (...) Il paraît difficile de maintenir la réalisation des programmes scolaires et le fonctionnement actuel des établissements en allant au delà dans la diminution des emplois, tant enseignants qu’administratifs."

Remarquant que les économies liées à la mastérisation, pourtant importantes, sont déjà en voie d’être dépassées par les suppressions, le député s’inquiète : comment le gouvernement "gérera-t’il la baisse du nombre d’emplois publics en 2011 et 2012 ?" "Aller au dé-là, poursuit-il, en obéissant à un seul motif comptable n’est pas souhaitable car on atteint aujourd’hui un niveau d’étiage."

Certains propos de ce députés UMP, en charge de la question, apportent, on le voit, de l’eau à notre moulin. Cependant la logique dans laquelle il se situe est la pire : puisqu’il faut "continuer à diminuer les emplois", alors il faut réformer encore plus en touchant aux contenus de l’enseignement. Comme l’avait dit une fois le précédent préfet de région en Auvergne : "Nous ne supprimons pas des postes pour réformer, nous réformons pour supprimer des postes."

Nous y sommes, et largement. Appauvrir la transmission des connaissances et des moyens de s’instituer comme personnes libres et autonomes, et supprimer les postes tout en réduisant les missions de service public, ces objectifs réels du gouvernement, dignes d’une société décadente se détournant de l’avenir de ses enfants, sont en cohérence les uns avec les autres.

A part, l’enseignement privé sous contrat.

La question des suppressions de postes dans l’enseignement privé sous contrat, très majoritairement lié à l’Eglise catholique, mérite enfin un petit commentaire.

Selon le ministère, représentant 20% des élèves (une proportion en réalité en baisse qui demanderait déjà à être vérifiée), la transposition automatique des 16000 emplois supprimés devrait signifier pour lui 3200 postes en moins, mais comme "l’équité" exigerait que le manque plus grand de remplaçants et de personnels administratifs du privé subventionné soit pris en compte, ce nombre a été ramené à 1633 postes. Inutile ici de commenter longuement ce favoritisme cyniquement étalé.

Mais ce n’était pas suffisant : le porte-parole reconnu du lobby de l’enseignement catholique au Sénat qu’est le sénateur UMP de Haute-Savoie, M. Carle (célèbre par la loi de détournement des fonds publics qui porte son nom), est repassé derrière en effectuant le transfert, du public vers le privé, de 4 millions d’euros soit environ 250 postes.

Rappelons, pour que les choses soient claires, que ce qui serait pour nous normal serait la suppression de tout financement public de l’enseignement privé, les personnels actuels du privé assumant de réelles taches d’enseignement ou liées à l’enseignement devant alors être non pas supprimés mais intégrés au public (dans des conditions garantissant qualification et laïcité), ceux dont les taches relèvent du religieux ou du commercial n’ayant pas à toucher quoi que ce soit de nos impôts.

Du souci à se faire.

Cette évolution orchestrée, qui s’accélère, doit être mise en relation avec l’autre évènement, pour l’école, de ce début d’année 2011 : l’effondrement du nombre de candidats aux concours, conséquence directe, massive et évidente de la réforme dite de "mastérisation" qui, en rendant encore bien plus difficiles les débuts dans ce métier, piétine les vocations et compromet l’avenir.

Le ministère est presque gêné par cet effet trop réussi de sa politique, car la chute des inscriptions aux concours va bien sûr avec le peu d’inscriptions aux masters qui leurs sont associés. Or, le vrai but de la soi-disant réforme était de supprimer les postes mis en concours tout en ayant un vivier de précaires, contractuels ou vacataires, titulaires du master mais pas du concours, à faire recruter localement par les chefs d’établissements dans le second degré, par les IA et par la suite par les présidents des conseils d’administrations de futurs établissements publics locaux d’enseignement, dans le premier degré ...

Qu’à cela ne tienne, le master n’est d’ores et déjà pas exigé dans les petites annonces de recrutements sur les sites rectoraux ...

Combinez les deux choses : suppressions massives des postes, dissuasion massive envers les futurs enseignants potentiels, et vous avez le scénario écrit à l’avance d’un système éducatif disloqué, territorialisé, de plus en plus basé sur l’emploi local et de moins en moins sur les grades reconnaissant les qualifications, et de plus en plus inégal.

Vincent Présumey (secrétaire départemental FSU Allier), fin décembre 2010.


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