Une centaine de participants au meeting de Saint-Pourçain contre – appelons la chose par son nom – le fascisme. C’est un succès moral et politique conséquent, qui nous renforce pour les combats à venir. Les orateurs de la CGT et la FSU y ont tous les deux pensé : le 12 février 1934, quand le syndicalisme impose l’unité et la contre-attaque pour sauver la démocratie et l’Etat de droit. Nous le ferons !

Ce meeting avait été menacé d’agression par des sites fascistes appelant « Murmures de la Cité » à manifester ! Sa tenue dans le calme est une victoire de la démocratie, après l’annonce de l’échec de « Murmures de la Cité » à se réapproprier espace public et subventions publiques l’été prochain.

Les interventions de Laurence Dautraix pour le SNETAP-FSU, Sophie Vénétitay pour le SNES-FSU, Laurent Indrusiak pour l’UD CGT Allier, Vincent Présumey pour la FSU Allier, et le débat, ont été filmés, nous les diffuserons dès que possible. Ci-dessous : quelques photos et le texte de l’intervention de Vincent Présumey, saluée par la salle.

 

 

Chers camarades, chers amis, chers collègues, je me dois et je vous dois de commencer cette intervention en vous disant merci, car votre présence ensemble, ici, à Saint-Pourçain, rassénère, fait chaud au cœur, conforte et encourage.

Merci aux camarades de la CGT de s’être laissés, pour ainsi dire, entrainés, de très bon cœur, par la FSU, et d’être là en nombre et d’apporter leur force collective,

Merci bien sûr aux militantes et aux militants de la FSU qui ont construit, discuté et préparé notre regroupement,

Merci à Sophie Vénétitay, secrétaire nationale de mon syndicat, le SNES-FSU, et qui incarne, comme je le disais hier à Radio Coquelicot, cette victoire syndicale qu’est le démantèlement du dispositif du « choc des savoirs » au collège voulu par Macron et Attal sous la pression et l’appui du RN,

Merci à Laurence Dautraix et aux camarades du SNETAP-FSU de l’enseignement agricole et du lycée de Neuvy,

Merci aux habitants de Saint-Pourçain qui sont là, car ils savent fort bien pour quoi ils sont là.

Et merci à mes collègues du lycée Banville, y compris à celles et ceux qui n’ont pu être là, enseignants ou non enseignants, qui m’ont exprimé leur soutien. Car ce meeting a bien sûr pour moi une dimension personnelle, je sais que vous êtes là aussi pour ma protection et celles des miens.

A ce meeting se sont associés Solidaires, l’UNSA-Education et la Confédération paysanne, matérialisant ainsi l’unité nécessaire. Il est soutenu par le Parti Socialiste, le Parti Communiste Français, les Ecologistes de l’Allier, l’APRES, et le Collectif laïque et républicain de Moulins dont sont également membres, sur Moulins, ATTAC, la FGR, RESF, le MRAP, le Mouvement de la Paix, la Ligue de l’Enseignement, LFI, Place publique, Génération.s.

Il faut aussi que vous sachiez que la CFDT, dans les instances de l’Education nationale et par une lettre au maire de Saint-Pourçain, s’est solidarisée contre les menaces et calomnies dont je suis l’objet. Le maire de Saint-Pourçain a en effet publié, en tant que valeureux défenseur de « Murmures de la Cité », que je n’aurai jamais enseigné de ma vie et que je fricoterai, voyez-vous cela, avec l’islamisme !

La première de ces calembredaines provient sans doute du souvenir de mes années d’enseignement, bien réel, au lycée de Saint-Pourçain, marquées par au moins trois manifestations dans cette belle bourgade, avec les collègues et les élèves, pour préserver un lycée qui, je m’en félicite, est toujours là.

La seconde puise dans les lectures et les contacts d’extrême-droite de Monsieur l’actuel maire, qui imagine manifestement que je participe à un grand complot avec des musulmans. Ces délires racistes sont en particulier diffusés par l’officine « Riposte Laïque », très mal nommée, dont un contributeur local n’est autre que Guillaume Senet, le petit chef de Murmures de la Cité, et de la cité qui véritablement murmure, Sophia-Polis, club de rencontres entre cathos tradis et néo-païens, c’est-à-dire nazis.

Plonger dans la lecture de ces officines est un exercice que je ne vous conseille pas : c’est, il faut dire les choses, s’enfoncer dans la merde, et une merde qui n’est pas bio, mais bien polluée. Je me trouve caricaturé en un porteur obèse de djellaba léchant une babouche : le dessin, même aidé par l’IA, est terriblement mauvais, car une bonne caricature suppose qu’on se moque par empathie humaine et pas par haine. C’est ce que faisait Cabu, assassiné par l’extrême droite islamiste : son Beauf et son adjudant Kronenbourg étaient malgré tout encore sympathique. Là, juste de la merde, et pas bio, je le répète !

Voici, et ce n’est qu’un exemple, ce qu’ils ont écrit lundi matin, sur le meeting d’aujourd’hui et juste après, voyez-vous, sur ma maison :

« Certes, nous n’irons pas jusqu’à proposer une manifestation devant la maison bourgeoise de Vincent Présumey, située en bord d’Allier (bien sûr, nous avons l’adresse), et encore moins de la taguer, cela n’est pas notre culture, même si, en face, ils ne se gênent pas pour le faire. Certes, nous n’allons pas appeler à vandaliser la salle, à la taguer, à la détruire, comme le font fréquemment les gauchistes quand une mairie ou un restaurant accordent une salle à leurs adversaires politiques. »

Il est vrai que je ne mène pas la vie de château, et que cette maison, ici menacée de vandalisation, provient d’une famille d’ouvriers communistes de chez Potain, qui m’ont choisi pour me la vendre parce qu’ils m’avaient entendu causer dans les manifs de 1995. Plus généralement, je n’ai pas compté mais je dois en être au trentième article en six mois affirmant, parfois en titre, qu’ils ne veulent pas me tuer. Curieuse insistance !

Curieux aussi, il faut le dire, le fait que le procureur de Moulins ait estimé qu’une phrase telle que celle affirmant que les responsables CGT et moi-même « vont devoir se protéger, eux et leurs familles. Ils veulent la guerre. Dans une guerre, il y a toujours des morts. », une telle phrase, donc, ne constituerait pas une menace de mort justifiant une plainte : vraiment curieux, n’est-ce pas ?

Bien entendu, la plainte va être redéposée, avec tout ce qui s’est rajouté depuis. Nous rendrons coup pour coup, politiquement et judiciairement s’entend. Mais comprenons bien à qui, et à quoi, nous avons affaire. Fascisme et nazisme sont les mots appropriés. Pas exactement ceux du XX° siècle, mais leurs héritiers du XXI° : quand Elon Musk ou Steve Bannon font le salut nazi, c’est pour dire ce dont ils sont les héritiers, eux qui veulent faire plus grand, plus dur, plus gros, plus fort, eux qui veulent faire pire et contre lesquels nous avons, nous, à sauver l’avenir humain pour que nos enfants aient un monde vivable.

La doctrine de Guillaume Senet distingue les soi-disant enracinés comme lui, des êtres supérieurs qui seuls sont beaux, vrais, purs et bons, la masse déracinée bonne pour l’esclavage, et les déracineurs, c’est-à-dire nous, les syndicalistes, les professeurs laïques, les « wokistes » comme ils disent. Dans leurs fantasmes excrémentiels, les radoteurs tarés de Riposte soi-disant laïque sont rendus fous par les musulmans et les arabes, mais accusent les mêmes « wokistes » et syndicalistes de vouloir remplacer les blancs par les arabes. Les déracineurs et les agents du « grand remplacement » que nous sommes tenons très exactement, dans leurs fantasmes, la place que tenaient les Juifs chez les nazis. Et l’antisémitisme sous-jacent le plus crasse affleure dans leur prose.

On nous dit parfois : « vous avez raison de vous défendre, mais ne donnez pas trop d’importance à quelques tarés. » C’est vrai qu’il s’agit de quelques tarés.

Mais ces quelques tarés sont à l’intersection du RN, de l’UDR ciottiste, de Reconquête, des Identitaires, et ont des antennes évidentes dans LR, de Saint-Pourçain à Montluçon. Dans l’Allier, ce qu’il reste de droite républicaine, pour s’appeler républicaine, doit rompre toute antenne avec ce boulet, ce grelot, cette macule, et non se vautrer avec, via Murmures et compagnie !

Et ce qu’ils portent, c’est l’offensive de l’internationale fasciste du XXI° siècle, celle de Trump et de Poutine, dont l’Europe, non en tant que groupement de puissances, mais en tant que civilisation, est la cible.

Cette civilisation pluraliste est celle des services publics, de la Sécurité sociale et du droit du travail. Le syndicalisme indépendant a besoin de la démocratie et de l’Etat de droit. L’Etat de droit, dont la laïcité est un élément central, est la cible que les Trump et les Poutine veulent tuer.

Les Le Pen, Bardella, Zemmour et à leur suite les Stérin, Bolloré, Retailleau et autres sont leurs relais français. L’extrême droite chauvine qui ne veut pas d’étrangers, c’est elle, le parti de l’étranger. Cela remonte à loin, ça a commencé quand ils ont émigré, en 1789. Ils sont le parti de Trump et de Poutine : le refus de la pluralité, la haine des migrants et des musulmans, c’est l’abaissement national !

Nous sommes donc nous, ici le parti du redressement, de la solidarité, de l’empathie. Le syndicalisme est indépendant et politique. Il est politique car la lutte des classes l’est et c’est pour cela que, dans l’Allier, nous devons donner à notre regroupement de ce soir la signification qui fut celle, en France, du 12 février 1934, origine du front unique prolétarien puis du front populaire.

L’empathie, la cordialité, l’amour oui, la solidarité humaine, portent la chaleur qui peut regagner les pauvres gens perdus qui votent RN. Cette chaleur est celle de la lutte. Et pour lutter, il faut savoir pour quoi on lutte. Bien sûr, syndicalistes, nous luttons pour l’émancipation sociale, pour l’émancipation humaine. C’est pour cela que nous savons que sa condition, ce sont la démocratie, l’Etat de droit et la laïcité, et que l’humanité émancipée sera plurielle, animée de débats contradictoires, argumentés, démocratiques.

Ils ne passeront pas, et si au final nous gagnerons la guerre, c’est parce que nous portons cela tous ensemble !