Nous offrons à nos lecteurs et syndiqués la traduction d’un article publié dans Common Grounds, journal qui fait office de tribune aux syndicats de la ville de Providence, située sur la côté Est des États-Unis !

Ces lignes s’adressent à des organizers, que l’on traduit, faiblement, par “organisateur”, et qui est un mot très “chargé” outre-Atlantique. L’organizer a été le militant détaché, payé (peu) pour ce faire, auprès des entreprises du secteur. Cela peut être risqué, ou valorisant, ou les deux. C’est toujours un individu qui doit bâtir du collectif. C’est difficile et, sans démocratie, il construit sur du sable. Toutes choses égales par ailleurs, voila qui peut nous intéresser !

Voici :

Checklist pour l’organisation démocratique.

Les syndicats ont besoin de membres actifs pour être forts, et les gens ne restent pas actifs longtemps s’ils n’ont pas droit à la parole. Mais “être démocratique” est plus facile à dire qu’à faire. Qu’est-ce qu’un mode démocratique d’organisation dans la pratique ? Comment rendre tes efforts plus inclusifs ?

Commençons par une petite liste, afin de pointer les enjeux pour les organisateurs et les militants. Tu peux la compléter ou la modifier.

Agis-tu de concert avec les autres ?

Organiser, cela veut dire agir ensemble pour changer les choses. Les solutions individuelles ne font pas la force. Une combinaison à une personne ou avec une petite clique est condamnée d’avance. Sois patient, entêté, et garde l’œil sur le résultat. Qu’il soit clair pour tes collègues que vous avez besoin les uns des autres, et qu’il y a place pour eux dans ta section non comme des petits soldats, mais comme des participants et des animateurs pleinement égaux.

Remets-tu en cause l’autorité ?

Tu veux des gens qui pensent par eux-mêmes. Les gars défient le patron ? Ils veulent parler dans une réunion syndicale ? Ils demandent des comptes et posent des questions indiscrètes ? Appuie-les même quand c’est toi qu’ils mettent en cause. Dans ta section, encourage discussion, questions et débat.

Affrontes-tu les chefs ?

Tu veux des gens qui “parlent vrai au pouvoir en place”. Monte des actions où les gars tiennent tête au patron. Emploie tous les outils disponibles – revendications, zèle excessif, interpeller le patron, travail au ralenti … – pour que les gars s’impliquent eux-mêmes dans la pression sur le management. Mais conseille-leur d’être prudents s’ils ne sont pas encore complétement dans la place. Soit un “ouvrier modèle”, obéît le premier, râle le dernier, mais porte le combat contre le patronat sur le lieu de travail !

Est-ce que tu partages les informations, les connaissances et les tuyaux ?

Donne aux gars les informations dont ils ont besoin, ou mieux encore, apprends leur comment se les procurer par eux-mêmes. Sais-tu comment se procurer le montant des salaires des permanents syndicaux ? Une copie des contrats de travail ? Des réponses sur les questions juridiques ? Recenser, présenter et déposer les revendications ? Monter une job action (1) ? Comment préparer et monter un meeting ? Ta section doit être une école d’organisation. Ne retiens pas les informations, même si ça prend du temps pour les partager.

(1) expression toute simple sans équivalent en français : c’est une manifestation de mécontentement faite tout en poursuivant le travail.

Est-ce que tu impliques les gars dans l’action collective ?

Nous apprenons l’action collective en la pratiquant. Part de là où en sont les gars, qu’ils progressent pas à pas, collent leur autocollant, signent leur pétition, formulent leur revendication, jusqu’aux plus grandes actions en étant toujours ensemble.

Est-ce que tu mises sur la créativité et le côté ludique de l’organisation ?

Dessins, chansons, costumes, médaille pour le petit chef qui a commis le plus de violations des contrats de travail ! Fais appel à la créativité et à l’humour de tes camarades. Le ridicule peut être une arme puissante pour saper les plans patronaux !

Est-ce que tu pratiques la démocratie dans ta section ?

Comme dit le slogan, “voila à quoi ressemble la démocratie” : consacre tes réunions et tes actions à donner aux gars l’exemple d’un travail démocratique. Encourage les à penser, questionner et prendre des initiatives les uns envers les autres, mais aussi à prendre les décisions, mener les actions, et s’y tenir. Le meilleur leader est celui qui pousse les autres à participer et à contribuer. Il ne craint pas que les autres s’élèvent !

Sais-tu susciter les militants potentiels ?

Il existe différents niveaux de connaissance et d’investissement depuis le noyau militant, les intervenants réguliers, les soutiens passifs. Incite le noyau militant à faire tourner et à lâcher une partie de ses taches, à mesure et pour que la section grandisse. Amène les intervenants réguliers à apprendre et à assumer plus de taches, et assure toi que ceux qui soutiennent ont toujours quelque activité possible. Quand tu monte une action, pense à qui sera touché et comment elle peut les rapprocher.

Sais-tu promouvoir dialogue et unité face aux divisions possibles ?

Inégalité et démocratie ne font pas bon ménage. Les patrons essaient de diviser selon la race, le sexe, la langue, les orientations sexuelles, les qualifications, tout ce qu’ils peuvent trouver. C’est prioritaire pour ta section d’inclure tout type de travailleur. Quels thèmes mettez-vous en commun ? Est-ce que toutes les personnes des différents groupes sont inclues dans les planifications, organisations, direction et réalisations d’actions ? Est-ce que tu parles avec chaque personne de chaque catégorie ?

Est-ce que tu t’adresse directement à chacun ?

Pratique tout le temps le contact personnel direct. En parlant de personne à personne, tu construis un tissu de relations et tu apprends d’eux leurs préoccupations, leurs intérêts, leurs possibilités. Ce contact direct consiste surtout à questionner et à écouter. Mets cela en pratique dans toutes tes actions : mieux vaut donner à quelqu’un un tract et en parler avec lui, que balancer ton paquet sur la table.

Est-ce que tu organises les organisateurs ?

Mais il faut organiser ce contact individuel, car une personne aura du mal à parler en tête-à-tête avec cinquante personnes. Établit une liste de membres, subdivise là et recrute ceux qui vont parler directement avec un nombre donné des collègues, et rends-en compte. Dresse une base de données de syndiqués avec téléphones, mails, adresses, emplois, leurs intérêts et leurs talents. Ce réseau doit servir à répartir le travail. Il faut plus de leaders pour éviter le burn out du noyau militant initial !

Quid de la pensée stratégique et de l’action méthodique ?

Sois conscient de chaque dimension de l’organisation : réflexion, analyse, planification, répartition des taches, mise en œuvre et évaluation. Prends le temps de clarifier les objectifs de long terme, de moyen terme et de court terme. Discute les avantages et les risques des actions décidées. Prévois une solution de repli. Soit “intelligent” : assure-toi que chaque tache est spécifique, mesurable, attribuée, réaliste et délimitée dans le temps. Après l’action, évalue le boulot et fixe de nouveaux objectifs.

Prête-tu attention aux rôles ?

Regarde ta section : qui décide ? Qui agit ? Qui détient les informations ? Qui pose les questions ? Qui répond ? Qui fait les plans d’action ? Qui fait le boulot fastidieux ? Qui fait le boulot intéressant ? Qui apprend ? Qui enseigne ? Qui vient aux réunions ? Qui parle au nom de la section ? Plus les gens font, plus ils deviennent forts.