Monsieur Malhuret,

Professeur d’Histoire, militant syndicaliste, en outre fils, petit-fils et arrière-petit-fils d’institutrices et d’instituteurs, c’est avec une grande inquiétude que j’ai, ce mardi 9 juillet, visionné vos propos au Sénat.

J’y ai vu la haine. M. Malhuret, vous êtes pétri, vous êtes bouffi de haine. Invoquant l’ « exemplarité », notion morale que M. Blanquer, mélangeant les genres, vient d’ériger en notion légale et par là floue, subjective et arbitraire, dans l’article 1 de sa loi, vous vous déchainez contre les professeurs grévistes, « escamoteurs de copies », « révolutionnaires à statut protégé », affirmant que ce sont « les élèves qui sont obligés d’enseigner la morale à certains professeurs » et appelant M. Blanquer, M. Philippe et M. Macron à sévir et à punir. Vous écouter, et je le conseille à mes collègues, et à tous les citoyens et personnes éclairées, permet d’entendre la haine.

J’y ai aussi entendu la bêtise. M. Malhuret, vous avez affirmé dans cette intervention sénatoriale que ces méprisables personnages ont « perdu face à un ministre déterminé, ce qui n’était pas arrivé depuis des années » et qu’ainsi les « ZAD – zones à délirer-«  de ces « moins de 1% de grévistes » avaient reçue la correction qu’elles méritaient. L’on peut voir et entendre, sur les images de votre intervention, les rires gras de vos collègues : image et son ne manquent pas d’un certain intérêt anthropologique.

Il s’agit là de bêtise, M. Malhuret : ce que ni vous ni M. Blanquer n’ont compris, c’est que ces grévistes n’ont pas été , par rapport à la conscience professionnelle et à la déontologie de la quasi totalité des professeurs, une minorité marginale et hérétique, mais des sortes de francs-tireurs exprimant la conscience profonde et générale de la destruction de la transmission des savoirs et de la formation véritable à laquelle les jeunes ont droit. Encore moins avez-vous saisi le fait que le chaos et le délire ont été introduit dans les jurys par ce M. Blanquer que vous croyez exciter à une lutte qui, à vous entendre, aura tout de la mise à mort ultime du dernier carré, et que les consignes illégales, la rupture délibérée d’égalité, les recours rendus possibles, la désinvolture absolue envers les élèves, manifestées par ce ministre, ont fini d’indigner le corps professoral en tant que tel.

Cette bêtise constitue une profonde erreur d’appréciation, de votre propre point de vue de combattant visant à la destruction des droits sociaux dont le droit à la formation, mais elle s’explique par la haine que vous étalez. La haine est mauvaise conseillère, M. Malhuret, mais tant pis pour vous. Vous l’avez déjà exhibée voici quelques mois en qualifiant des manifestants de milieux populaires de « canards décapités ». Triste monde que le votre, fait de professeurs zadistes de toute façon battus et de canards décapités, M. Malhuret …

Dans le monde de celles et de ceux qui combattent pour que la jeunesse ait un avenir, il est de toutes autres images : celles des luttes, des souffrances, de qui a su dire Non. Il se trouve que vous vous êtes livré à votre indécent exercice un 9 juillet, veille du 10 juillet 2019 où sera célébrée la mémoire des 80 qui, il y a 79 ans, ont dit Non, à la mise à mort de la République, et par là à la pire menace sur l’école laïque, Non à Hitler, Non à Pétain, Non à Laval, en la ville de Vichy dont vous fûtes maire. Cette minorité dans l’Assemblée nationale d’alors faisait figure d’une bande de pestiférés – on ne disait pas encore zadistes, mais métèques, vendus, youpins …- bien peu exemplaires et bien irresponsables, eux qui ne chantaient pas avec le pouvoir, qui ne hurlaient pas avec les loups, qui ne présentaient pas leur gamelle. Force est de constater que vous mettez plus d’entrain à insulter, sans courage puisque vous êtes convaincu que M. Blanquer les a déjà « battus », celles et ceux qui aujourd’hui résistent au nom d’une éthique, au nom de principes, au nom d’une ambition pour l’avenir, qu’à donner à ce souvenir là la place qu’il mériterait.

Un dernier mot. Je ne vous écrit pas en tant que gréviste :  je n’ai pas fait grève au moment de la remise des notes et de la tenue des jurys. Pour parler votre langue, je ne suis donc pas un zadiste minoritaire. Non, juste un professeur : sachez bien que ce corps de métier, qui contre vents et marée fait tenir cet édifice appelé Éducation nationale, est, suite aux récents évènements, à l’irresponsabilité et aux illégalités du ministre, aux insultes présidentielles, et à vos appels belliqueux et haineux à ce que les derniers des derniers soient écrasés, à présent très majoritairement disposé à travailler à la rentrée : à travailler pour la jeunesse et, dans la même démarche et avec le même esprit, à faire grève avec conscience, avec diligence, avec soin. Car nous avons compris à présent, que telle sera notre responsabilité.

Merci au moins d’y avoir contribué, M. Malhuret !

Vincent Présumey, secrétaire départementale de la FSU de l’Allier.