Consacrant les pages 2 et 3 de son édition du mercredi 1° avril à la carte scolaire, outre des entretiens avec des représentants syndicaux et des manifestants, La Montagne de l’Allier publie un entretien avec Md. la Dasen de l’Allier qui présente son argumentation en faveur de ce qu’elle appelle une « carte scolaire équilibrée ».

Telle que présentée par Md. la Dasen, cette carte scolaire – 9 postes en moins en tout et 22 fermetures de classes pour 2 ouvertures effectives – aurait pour motivation première des « performances scolaires » jugées insuffisante, puis la « souffrance » des enseignants attestée par les fiches SST (Santé et Sécurité au Travail), et en troisième lieu la démographie. Remarquable construction !

Reprenons ces trois points.

Comment suppressions de postes et fermetures de classes remédient elles à des résultats insuffisants ? Mystère.

Les fiches SST font l’objet d’un suivi par les représentants du personnel et la secrétaire de la Formation Santé et Sécurité au Travail, qui est notre collègue Annabelle Pocaly, de la FSU-SNUIPP. Aujourd’hui même, en groupe de travail de la formation SST départementale, Monsieur le Secrétaire général a, de fait – et ce n’est pas nouveau -, attesté de l’impuissance de l’Inspection d’académie devant les situations pourtant urgentes relatives soit à des élèves hautement perturbateurs, soit à des notification de suivi de handicap et en particulier d’AESH non satisfaites, soit les deux à la fois. En quoi suppressions de postes et fermetures de classes remédient elles à cela ? Le mystère s’épaissit.

Quant à la démographie, répétons le : elle a bon dos quand les effectifs réels des élèves par classes augmentent. La carte ci-dessous provient du ministère. On peut y constater la hausse de ceux-ci, dans les écoles du bocage bourbonnais, en 2014-2025. La baisse de la natalité est générale, mais les hausses d’effectifs pas classes concernent les zones rurales ayant accumulé des fermetures. Là, il semble bien y avoir un rapport !

Sur la base de ces trois arguments initiaux, Md. la Dasen met en avant deux supposées novations : les « pôles » avec la volonté de généraliser les écoles à 4 classes, et la création – sur les moyens existants ! – de postes de Conseillers pédagogiques et de « Pôles [encore !] d’appui à la scolarité ».

Il n’existe aucune étude ni aucun retour d’expérience montrant que de grosses écoles –  car 4 ou 5 classes en ruralité c’est gros- feraient plus de bien aux enfants de par « l’émulation », ce mot magique. Quand aux CP et PAS, alors que les Psy-EN ne sont pas pourvus et que les Rased sont au pain sec, ils risquent, dans le meilleur des cas, d’être des pompiers itinérants, et dans le pire, d’encombrantes usines à gaz (les PAS sont supposés s’occuper de la « difficulté » en général, pas que du handicap …).

Pour finir, la pensée magique se déploie, mais son efficacité performative a peu de chance d’être opérante :  cette carte « répond aux besoins du département » !

Elle est, certes, équilibrée à sa façon : 3 fermetures encore envisagées à Moulins, 3 à Vichy, 2 à Montluçon et 1 à Désertines, pour la ville, et 6 écoles de villages sans enseignants à Maillet, La Petite Marche, Mazirat, le Vilhain, Venas, Louroux-Hodement, pour le bocage !

La méthode suivie dans cet entretien, comme précédemment de la part du préfet, part de difficultés réelles pour proposer de mauvaises solutions n’ayant en réalité d’autre motif que le retrait de 9 postes plus la contrainte de créer des postes à l’utilité discutable dans ces circonstances, avec les moyens du bord.

Rappelons que la FSU Allier a argumenté, dès le début de cette année, sur le fond à propos de l’orientation politique et idéologique développée ici, en préconisant la combinaison entre les petites écoles communales ou de quartiers et les réseaux – réseaux d’aides, pédagogiques, culturels et artistiques, sport scolaire, lecture publique, informatique. Cela s’appelle le service public national et laïque du XXI° siècle. Pas l’usine à gaz de mise en œuvre de l’affaiblissement de l’offre éducative.