Le quotidien La Montagne a rendu compte, dans son édition du 11 avril 2026, de la mobilisation significative de la veille, en pleine vacances, à l’encontre de la carte scolaire, et publie à cette occasion une nouvelle interview de Md. la Dasen après celle du 1° avril dernier. Ce jour-là, les résultats scolaires et la « souffrance des enseignants » avaient été étonnamment mis en avant pour justifier fermetures de classes et d’écoles, l’argument démographique censé être l’argument massue n’arrivait qu’au troisième rang. Cette fois-ci, il est au centre : le ministère entretemps a lancé une campagne de com’ sur le thème « 1,7 million d’élèves en moins en 2035 » et donc il faut « bouleverser l’organisation scolaire ».

Les syndicats ayant de la mémoire, remontant à plusieurs Dasen et, auparavant, IA, nous avons souvenir des années du début de ce siècle, quand était attendu le pic démographique de l’an 2000 : la lutte des hauts fonctionnaires pour supprimer des postes avait déjà commencé et jamais aucun d’entre eux n’avait, alors, affirmé qu’il fallait anticiper la hausse. Cette fois-ci, il s’agit non seulement de répondre, à sa façon, à des baisses d’effectifs présentes, mais bien d’anticiper celles dont l’Etat annonce l’inéluctabilité pour … 2035 !
Anticiper comment ? En regroupant : « l’idée, c’est de les regrouper [les écoles] pour qu’elles soient moins fragiles. » Admirons l’élément de langage : une fois supprimées, elles ne sont en effet ni fragiles ni fortes !
Arrive alors la nouvelle théorie pédagogique Dasen/préfet de l’année 2025/2026 : en clair, dans l’Allier, profs d’écoles et élèves sont mauvais car il n’y a pas de « dynamique », d’émulation. Depuis le début de l’année, nous argumentons et expliquons que les écoles communales et les écoles de quartiers d’un service public amélioré vont avec des réseaux – d’aide, pédagogique, associatifs laïques, culturels, de l’école inclusive, de lecture publique, etc. La destruction de ces réseaux va de pair avec la fermeture des structures proclamées inefficientes. Le tout sans aucune étude sérieuse validant ces théories ad hoc.
Et lisons bien : « Quand on a quatre classes, on peut aussi avoir, entre autres, un directeur déchargé qui a le temps de poser une politique au service des élèves. » Le directeur d’école n’est pas un supérieur hiérarchique, et, encore aujourd’hui, le cadre républicain fait qu’il ne lui appartient pas de « poser une politique ». En s’exprimant ainsi, Md. la Dasen fait plus que « poser une politique » de détricotage du territoire visant à moyen terme, disons-le, à la suppression des communes : elle annonce l’éclatement « politique » de ce qui ne serait plus le service public national et laïque de l’éducation nationale, mais l’agence territoriale des politiques éclatées et inégalitaires, de « pôles » s’éloignant de plus en plus du service public. C’est une orientation politique qui ne dit pas son nom et dont la définition est tout à fait indépendante de son alibi démographique.
La suite de l’entretien répète la plaisanterie pas amusante d’une concertation parfaite qui aurait existé cette année, notamment envers les élus, qui disent tous le contraire et savent quand même de quoi ils parlent, avec au passage une nouvelle affirmation sans précédent : « on ne la travaille pas » (la carte scolaire) avec l’AMF03, qui appréciera.
L’injonction à « changer de logiciel » se montre pour ce qu’elle est : une pure injonction sans dialogue aucun, verticale et surplombante, émanant d’une hiérarchie affectée d’un certain mépris pour les territoires qu’elle administre et leur population. Vous avez dit République ?
ALLIER