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La section départementale de la FSU fonctionne sous la forme d’un Conseil départemental fédéral, instance délibérative large où sont représentés les syndicats, les secteurs géographiques et la diversité de la fédération. Celui-ci élit en son sein un Bureau, actuellement composé de : Juliette Grand, Florine Lazaro, Frédéric Paris, Emmanuel Torregrosa, Annabelle Pocaly, Pierre-Mathieu Daviet, Patrick Perriau. La direction « quotidienne » a été confiée par le Conseil départemental fédéral à un co-secrétariat : Juliette Grand, Frédérick Paris, Florine Lazaro (dans cet ordre sur la photo !). Vincent Présumey, prochainement retraité, n’est plus secrétaire départemental. Le n° de tél de la FSU Allier reste le 06 79 61 68 40.
Ci-dessous : mots de Vincent Présumey au pot de fin de mandat, 25 juin dernier, Tronget.

Chers amis, compagnons, camarades … merci à toutes et tous d’être là, puisqu’il parait que vous êtes là un peu pour moi, donc merci.
Dans « départ en retraite », il y a un terme que j’approuve, c’est « retraite », ou, plus précisément dans mon cas, pension civile d’un fonctionnaire du service public national et laïque fier de l’être – je ne dis pas de l’avoir été, de l’être !
Et il y a un terme que je désapprouve, soyez prévenus, c’est « départ » !
Je le désapprouve en général pour ce qui est de la vie sociale, politique, syndicale, intellectuelle, de la camaraderie et, comme disait Aristote, de la Philia. Cela dit, je l’accepte concernant le point bien précis qui fait l’objet de notre réunion ce jour, car je pars bel et bien de ces fonctions, de cette dénomination, de ce mandat, de « secrétaire départemental de la FSU » qui m’ont collé à la peau.
A vrai dire il était temps, car c’est véritablement scandaleux tout de même : c’est dans le cours de l’année 2000 que je suis devenu secrétaire départemental de la FSU. Je le suis donc depuis presque aussi longtemps que Poutine est président de la Russie. Un pur scandale, franchement !
Ayant dit cela, je dois immédiatement préciser ce qui m’a différencié ontologiquement de Poutine, qui prétend d’ailleurs rester jusqu’en 2036 : son pouvoir repose sur le contrôle de la police, de l’espionnage, de la force et de l’argent. Je n’ai, depuis 2000, jamais exercé le moindre contrôle ni revendiqué la moindre compétence sur la trésorerie, le fichier et les locaux de notre fédération. Si j’ai exercé un pouvoir, c’est par une fonction verbale, parole et écriture, une fonction sociale déclarative et protestataire que j’assume sans états d’âme, étayée, je l’espère, sur une fonction intellectuelle. Cela j’en suis bien content, quels que soient les pieds que j’ai pu écraser au passage.
Mais enfin, avoir assumé ce rôle social avec ses bons et beaux côtés et ses aspects parfois plus pénibles, pendant une génération, demande une explication. C’est évidemment beaucoup trop long, et j’ai plusieurs fois hésité sur le renouvellement de mon mandat. En fait, et cela ne surprendra pas celles et ceux qui me connaissent bien, j’en donnerai une explication historique.
Au départ, j’étais le jeune actif, révélé dans les grèves de 1995, que les anciens ont repéré. Je leur rends ici hommage : Michel Beau, Jeannine Lavédrine, Gérard Hatab, et une camarade que nous avons perdue, Geneviève Duchasseint. Vous étiez vous-mêmes dépositaires d’une pratique de la responsabilité syndicale fortement marquée, reposant sur un esprit sacerdotal impliquant une discipline, que les militants partageaient, une discipline qui, singulièrement dans l’Allier, a été véhiculée par notre communisme dit rural. Et ayant eu, dans ma vie antérieure à celle dont je vous parle ici, une formation trotskyste, c’est-à-dire communiste au carré, je pouvais m’inscrire dans ce sillage. Je me rappelle Michel Beau tout content quand je lui disais préconiser un fonctionnement à la bolchevique des équipes syndicales !
Or, les temps ont changé, et il n’y a pas à le regretter. D’ailleurs je coup du fonctionnement à la bolchevique, ça faisait déjà aussi un peu sourire Michel. En réalité, le coté sacerdotal-discipliné s’est effacé au profit d’un engagement volontaire mais beaucoup plus à la carte, dans lequel il n’existe plus de garantie automatique qu’une tâche sera effectuée. J’ai fait la transition des époques. Longue transition. Dans laquelle j’ai parfois fait, ou monopolisé, « tout le boulot », comme on dit, tant bien que mal, sous l’œil inquiet de camarades qui peinaient à s’inscrire dans ce sillage.
Mais la transition s’est faite. Et ce qui le prouve, c’est cette féminisation majoritaire de notre équipe, plus conforme à la réalité des professions que nous représentons, que j’ai constatée et approuvée autour de moi depuis maintenant une petite dizaine d’années, et qui s’est confirmée, avec une manière de militer différente mais qui n’a rien à envier en efficacité à celle de mes prédécesseurs.
Je ne souhaite en rien avoir une succession syndicale : place aux équipes à dominante féminine, par lesquelles nous sommes maintenant de plein pied dans ce siècle de guerres, d’effondrement, de révolutions.
Je ne veux pas de succession, mais laisser des souvenirs, oui, c’est-à-dire une histoire, une tradition, une vraie tradition faite pour être critiquée, enrichie et complétée.
C’est pourquoi je vais évoquer, pour finir, quelques traits particuliers à la FSU de l’Allier dont je suis bel et bien responsable et coupable.
Tout d’abord, ce Comité départemental de défense de l’école publique, dont il est impossible de dire quand il est apparu, car notre manière de lutter pour la carte scolaire n’est en rien de mon invention, ce sont au départ Michel et Jeannine qui me l’ont infusée, et on peut dire qu’ils y ont réussi.
Nous avons donc une pratique, celle de l’action commune et de la discussion avec les élus locaux, principalement ruraux, les parents, les amis de l’école publique, de la liaison entre la défense des écoles primaires et celle des collèges, et de la centralisation de ces batailles en direction de l’Inspection d’académie. Et, disons-le, c’est une centralisation en direction du ministère qui serait nécessaire nationalement, n’est-ce pas.
Je ne veux pas rallonger mon propos, mais je pourrai raconter précisément comment, notamment depuis 2014, nous avons réellement ralenti dans ce département la casse de l’école, et maintenu un tissu scolaire régulièrement dénoncé par des hauts fonctionnaires qui combattent le service public. Je pense – ce n’est pas une prescription, c’est une opinion – que cette tradition va continuer.
Ensuite, l’orientation du syndicat, précoce comparée à beaucoup d’autres, vers les personnels précaires, et particulièrement ces AVS devenus depuis les AESH. Je me rappelle, je ne sais plus si c’était en 2013 ou en 2014, avoir mené une négociation quasi salariale mais tout à fait sauvage et hors cadre, avec un Inspecteur d’Académie qui a dû se faire taper sur les doigts pour ce qu’on lui a fait céder comme primes, avenants salariaux, à l’époque.
Avec les AESH, ainsi que dans la défense de femmes de ménage victimes de petits chefs machistes, j’ai appris beaucoup, en touchant la combinaison entre les rapports d’oppression et de domination, dans les relations de travail, et de la part des hommes envers les femmes.
Il m’est arrivé, autre sujet, de susciter un certain étonnement en impulsant dans la FSU de l’Allier, et à partir d’elle, de cette petite section du centre de la France, au plan national parfois, voire international, des prises de positions internationalistes sortant des sentiers battus.
Quelques noms : Hanna Perekhoda et Daria Saburova sont des militantes ukrainiennes que nous avons fait venir, Olexandr Koltchenko et Oleg Sentsov un anarchiste et un cinéaste de Crimée emprisonnés en Russie à la libération desquels nous avons contribué, Ialaxandr Iarashuk et Lizavieta Merliak des syndicalistes bélarusses que nous avons défendus et qui sont aujourd’hui en liberté, mais en exil, et Azat Mifthakov un mathématicien en Russie qu’il faut sauver aujourd’hui même.
Oui, j’ai mis et je mets un acharnement spécifique à porter dans le mouvement syndical et dans la gauche la défense du peuple ukrainien et des syndicalistes, féministes et combattants de ces pays de l’Est qui ont autrefois formé le bloc soi-disant soviétique, parce que je pense que nous resterons, camarades, des militants tronqués, des cul-de-jatte, tant que nous n’aurons pas renoué avec ce monde, que nous ne combattrons pas tous les impérialismes qu’ils proviennent du libéralisme ou du stalinisme.
Cette expérience est essentielle et je militerai encore pour que toutes les conséquences en soient tirées, maintenant que le fascisme, et donc la guerre contre le fascisme, oui, la guerre, camarades, est une question mondiale immédiate.
Ceci me conduit, dernier point, à cette responsabilité que j’ai prise et qui retombe aussi sur vous, l’an dernier, lorsque Pascal Perrin, l’ancien maire d’Yzeure, car ça s’est passé comme ça, a attiré mon attention dans un rassemblement sur ce machin appelé « Murmures de la Cité ». Contre lequel nous sommes à l’origine, il faut le dire, d’une victoire démocratique récente et importante. Et qui n’a qu’un seul charme, celui de favoriser la maison commune FSU/CGT, car l’adversité rapproche !
Je ne développe pas plus, vous êtes toutes et tous au courant. Mais nommons l’ennemi : il s’agit bien du fascisme.
Bon, il est temps de conclure. Je vais faire le prof, un peu, encore une fois, en égrenant quelques conseils de conduite, dont vous ferez bien ce que vous voulez, mais je vous connais, donc je sais que vous vous en servirez, à votre façon et librement. Je m’adresse ici à mes amis et camarades de la FSU, mais ce que je vais dire, au fond, c’est pour toutes et tous, les autres syndicats présents ici, qu’ils en soient remerciés, également.
Je viens de parler du fascisme et des attaques fascistes qui nous menacent et me ciblent moi-même. Ne recourrons jamais, nous, à ces méthodes. Fascisme et stalinisme, trumpo-poutinisme, non. Disons-nous que ce n’est pas la fin qui justifie les moyens. C’est l’inverse. Ce sont les moyens qui justifient la fin.
Pour cela, il faut penser par soi-même, au risque, nécessaire, inévitable, utile, de se tromper. Tendons à être des « amants passionnés de la culture de soi-même », comme disait Fernand Pelloutier. Par conséquent méfions-nous des représentations convenues et des automatismes des milieux militants. Sapere aude !
L’indépendance syndicale repose là-dessus. Concrètement, cela veut dire : ayez toujours votre propre agenda, aussi ténu soit-il. Le vôtre, ni celui des institutions, ni celui des adversaires, ni celui des partenaires, ni celui de nos propres instances nationales. Que le fil de VOS rendez-vous et de VOS initiatives ne soit jamais rompu.
Et quand vous tapez sur un clou, enfoncez-le. Quand vous tenez un acquis, même tout petit, ne le lâchez jamais. Apprenez toujours, n’oubliez rien. Quand vous mordez, serrez !
Bises à tout le monde !
ALLIER